Procès libyen : Sarkozy met ses collaborateurs en première ligne

Lors du premier jour de son interrogatoire devant la cour d’appel de Paris, Nicolas Sarkozy a tenu à se distancer de tous les personnages centraux du dossier libyen et à évoquer les fautes de ses collaborateurs Claude Guéant et Brice Hortefeux dans leur relation avec l’entourage de Kadhafi.

Procès libyen : Sarkozy met ses collaborateurs en première ligne

Nicolas Sarkozy. F.LOOCK

« Kadhafi n’avait aucune prise sur moi, ni sur le plan financier, ni sur le plan politique, ni sur le plan personnel » martèle l’ancien président, en faisant d’incessants mouvements de balancier à la barre. Interrogé pour la première fois depuis trois semaines de procès, Nicolas Sarkozy s’est engouffré dans sa stratégie de défense, et a tout fait pour démontrer qu’il n’a signé aucun « pacte de corruption » avec le pouvoir libyen en amont de l’élection présidentielle de 2007.

Face au président de la cour Olivier Géron, l’ex-chef d’État a fait un gigantesque bond dans son histoire personnelle. Manipulant son stylo argenté à la barre, Nicolas Sarkozy tente de rassembler ses souvenirs d’une période charnière de sa vie politique, au début des années 2000. Tour à tour, l’ex-président évoque son statut de ministre de l’Intérieur chiraquien, son ambition présidentielle, sa relation difficile avec Dominique de Villepin, puis son voyage en Libye en octobre 2005, durant lequel il a eu une entrevue avec Kadhafi.

« La ligne est franchie à ce moment-là »

Si Nicolas Sarkozy reconnaît des fautes dans les liens noués avec Tripoli, ce ne sont pas les siennes. Longuement questionné sur son voyage libyen en octobre 2005, l’ancien président de la République a reconnu une « erreur » de son directeur de cabinet Claude Guéant, parti quelques jours avant lui en Libye, pour rencontrer Abdallah Senoussi. Le haut dignitaire libyen a été condamné en 1999 par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité pour son rôle dans l’attentat contre le DC-10 d’UTA, qui a fait 170 morts, dont 54 Français, en 1989. « La ligne est franchie à ce moment-là » concède Nicolas Sarkozy, obligé de reconnaître une liaison des plus problématiques avec le pouvoir libyen.

Mais aussitôt, l’ancien président de la République s’empresse de se dédouaner et d’incriminer Ziad Takieddine, l’intermédiaire franco-libanais décédé en 2025, qui aurait selon lui « piégé » Claude Guéant et Brice Hortefeux. Un manipulateur et un « gratte-sous », selon les mots de Nicolas Sarkozy, qui, sous prétexte d’agir pour les intérêts français, ne « travaillait que pour son intérêt », accuse l’ancien président, amer. Interrogé par le président de la cour sur un présumé échange, évoqué par Ziad Takieddine, avec le sulfureux Abdallah Senoussi, lors de son voyage en Libye, Nicolas Sarkozy s’emporte. « Est-ce qu’on me prend pour un imbécile ou un fou ? », lance l’ex-chef d’État au bout de plusieurs heures d’interrogatoire. « J’avais prévu que certaines questions puissent être désagréables, mais cela permet d’avoir des réponses », rétorque le président de la cour Olivier Géron, qui a mis le doigt sur l’une des très nombreuses zones d’ombre du rôle de l’ancien président dans le dossier libyen.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *