Au dernier jour de l’interrogatoire de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant a fait parvenir un document à la Cour qui a mis en grandes difficultés la ligne de défense de l’ancien président de la République. L’ancien secrétaire général de l’Élysée accuse l’ex-chef de l’État d’avoir été l’instigateur des liaisons dangereuses avec le régime de Kadhafi, une accusation qui pourrait relancer le procès dans le dossier libyen.
« Que dois-je faire pour prouver qu’il n’y a pas eu de financement libyen de ma campagne ? Jusqu’à quand ça va durer ? Jusqu’où faut-il que j’aille ? » s’emporte Nicolas Sarkozy à la barre, après près de 26 heures d’interrogatoire. Debout face à la Cour, l’ancien président a tenté de démontrer que sa campagne présidentielle de 2007 n’a été financée par aucun fonds libyen, et qu’il n’était pas à l’origine des contacts entretenus par son ancien bras droit Claude Guéant et par Brice Hortefeux avec le régime de Mouammar Kadhafi. Tout au long du procès, Nicolas Sarkozy a mis en cause la responsabilité de son ancien secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, absent des débats en raison de son état de santé, dans ses liens avec le sulfureux Abdallah Senoussi, condamné à perpétuité pour avoir commandité l’attentat du DC-10 d’UTA. Claude Guéant est soupçonné d’avoir conclu un « pacte de corruption » avec le régime libyen, par l’intermédiaire du beau-frère de Kadhafi, rencontré lors d’un voyage en Libye en octobre 2005, pour obtenir le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.
Chargé d’une « mission sauvetage » pour Claude Guéant, accablé par l’ancien président tout au long de son interrogatoire, Me Philippe Bouchez El Ghozi s’est montré particulièrement offensif dans ses questions à Nicolas Sarkozy. L’avocat de l’ancien préfet a accusé Nicolas Sarkozy d’avoir profité de l’absence de son client pour « noircir le tableau » de Claude Guéant, à son avantage. « Il a tenu la maison, c’est vrai. Et il y a des choses qui ne lui ressemblent pas […] Cela ne ressemble pas au Claude Guéant que j’ai connu, que j’ai choisi et à qui j’ai donné ma confiance », rétorque l’ex-chef de l’État à propos de son ancien plus proche conseiller, lui imputant une très large part de responsabilité dans les liens entretenus par son équipe avec le régime de Kadhafi. Une ligne de défense défendue bec et ongles par Nicolas Sarkozy tout au long de son interrogatoire, qui a été largement remise en cause au matin du 14 avril, après les révélations de Claude Guéant dans une attestation versée aux débats devant la cour d’appel de Paris.
« Forcément au courant »
Dans l’attestation parvenue à la Cour à la toute fin de son interrogatoire, Claude Guéant mène une véritable contre-offensive, qui a mis à mal la défense de Nicolas Sarkozy. Dans sa lettre, publiée en intégralité par RTL, l’ancien secrétaire général de l’Élysée affirme n’avoir fait « que suivre les instructions » de Nicolas Sarkozy tout au long de sa collaboration avec lui. Claude Guéant dit ne jamais avoir pris d’initiative personnelle dans ses relations avec le régime libyen, en amont de l’élection présidentielle de 2007, contrairement à ce que s’est efforcé de démontrer Nicolas Sarkozy pendant une semaine d’interrogatoire fleuve. Selon l’ancien préfet, Nicolas Sarkozy était « forcément au courant » de ses relations libyennes et de ses déplacements à Tripoli, qui ont été réalisés, selon lui, « à la demande du président ». Des révélations qui mettent à mal tout le récit de Nicolas Sarkozy, qui dit ne rien avoir su des absences de Claude Guéant à cette période.
L’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy raconte également un échange, lors du dîner officiel à Tripoli en juillet 2007, avec l’ancien chef de l’État, qui l’aurait « fait appeler » pour que Kadhafi répète devant lui sa « préoccupation » concernant Abdallah Senoussi, dont le dirigeant libyen voulait l’amnistie ou une grâce pour sa condamnation. « Claude, voyez cela », aurait alors été ordonné Claude Guéant par Nicolas Sarkozy, lui qui affirme depuis le début de l’affaire libyenne ne rien avoir su des échanges concernant Abdallah Senoussi. « J’impose le démenti le plus formel », rétorque Nicolas Sarkozy ce mardi 14 avril à propos des affirmations de Claude Guéant, avant de déchirer ses notes à la fin de son interrogatoire.




