Mercredi 11 février marquait la fin du procès des assistants parlementaires du Front national, avec les dernières plaidoiries de la défense. Au cœur de la salle d’audience de la première chambre de la cour d’appel de Paris, les avocats de Marine Le Pen ont plaidé la relaxe ou une peine qui n’empêcherait pas leur cliente de se présenter à l’élection présidentielle.
Front commun contre la notion de « système », pierre angulaire du dossier. Unanimement, les trois avocats de la défense appelés à la barre ont contesté l’existence d’un « système » mis en place par le Front national pour détourner des fonds européens, en utilisant des assistants parlementaires européens pour les activités du parti. Pendant sept heures, David Dassa-Le Deist, avocat du parti en tant que personne morale, ainsi que Sandra Chirac-Kollarik et Rodolphe Bosselut, les deux avocats de Marine Le Pen, ont tour à tour développé leurs arguments. Tous ont défendu « la bonne foi » de leur cliente, assurant qu’elle n’avait jamais eu l’intention de détourner de l’argent public. Une ligne de défense qui vise surtout à écarter la peine d’inéligibilité requise par le parquet général contre Marine Le Pen, une peine qui pourrait la priver d’une candidature à la présidentielle de 2027.
Le 3 février dernier, le parquet général a requis une condamnation pour tous les prévenus, assortie d’une peine d’inéligibilité pour Marine Le Pen, sans exécution provisoire. En conclusion de son réquisitoire, l’avocat général Stéphane Madoz-Blanchet a clairement mis en cause la responsabilité de la cheffe de file des députés RN dans un système de détournement de fonds publics européens : « Marine Le Pen a été l’instigatrice, à la suite de son père, d’un système qui a permis, pour le compte du parti, de détourner 1,4 million d’euros », avait soutenu le parquetier au terme de trois semaines d’audience.
Promettant de « lâcher les chevaux », Sandra Chirac-Kollarik a, dès le début de sa plaidoirie, critiqué une « enquête sélective » menée par les magistrats dans ce dossier, dont l’instruction a duré dix ans. Elle a soutenu que jamais le travail des assistants parlementaires du FN n’avait été réellement examiné et que sa cliente n’avait jamais eu l’intention de détourner de l’argent public en les faisant travailler pour le parti. Selon son avocate, Marine Le Pen, qui aurait été à l’origine du dispositif mobilisant ces assistants tantôt pour le parti à l’échelle nationale, tantôt pour leur député européen à l’échelle européenne, n’avait pas conscience que ce fonctionnement pouvait constituer un détournement de fonds publics, un usage qui aurait été, par ailleurs, parfaitement connu du Parlement européen.
« Ce n’est pas un dossier ordinaire »
Sur un terrain plus politique, Rodolphe Bosselut a adopté un ton offensif pour convaincre la cour. D’emblée, le représentant de Marine Le Pen a parlé d’un « dossier inédit sur le plan juridique », une affaire concernant une personnalité majeure de la vie politique, dont le procès intervient en amont de l’élection présidentielle de 2027 : « Non, ce n’est pas un dossier ordinaire », a martelé l’avocat de la figure du RN. Au cours de sa plaidoirie, Rodolphe Bosselut s’est montré particulièrement direct, n’hésitant pas à dénoncer une « irruption de la politique dans cette affaire », évoquant même une « criminalisation de la défense » à la barre.
Dans le viseur de l’avocat de la défense : la peine d’inéligibilité avec exécution provisoire prononcée contre Marine Le Pen en première instance le 31 mars 2025. Une condamnation qui met entre parenthèses sa participation à la prochaine élection présidentielle. En plaidant la relaxe ou une peine de prison avec sursis, Rodolphe Bosselut a averti la cour de la nature « vertigineuse » de l’arrêt qu’elle va devoir rendre. La cour d’appel de Paris rendra son arrêt le 7 juillet 2026, une décision susceptible de transformer le destin politique de Marine Le Pen.

