Ce mercredi 6 mai, les avocats des parties civiles ont présenté leurs dernières plaidoiries dans le procès en appel du financement présumé libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Une audience marquée par la volonté des parties civiles de replacer les victimes au centre des débats.
Ils ont cherché à incarner un dossier jusqu’ici très technique. Après un dernier interrogatoire de Nicolas Sarkozy marqué par une cascade de chiffres, plusieurs avocats se sont succédé à la barre pour rappeler qu’ils sont nombreux, sur le banc des parties civiles, à demander justice. À la barre, plusieurs conseils ont rappelé qu’au-delà d’un dossier en apparence strictement financier, celui d’un financement illégal présumé, se trouvent des trajectoires brisées. Une mise au point d’autant plus utile que la constitution même des parties civiles reste contestée par la défense des prévenus.
Sur le fond, Me Claire Josserand-Schmidt, avocate de l’association anticorruption Anticor, a soutenu dans sa plaidoirie que Nicolas Sarkozy était déjà ministre de l’Intérieur au moment des faits présumés, ce qui suffirait selon elle à caractériser une infraction de corruption. En première instance, le tribunal correctionnel avait écarté cette qualification, préférant retenir celle d’association de malfaiteurs. Si la cour d’appel souscrit au raisonnement de l’avocate d’Anticor, une sanction plus sévère qu’en première instance pourrait être prononcée contre Nicolas Sarkozy.
Les deux attestations écrites de Claude Guéant, adressées à la cour les 11 et 26 avril derniers, ont également occupé une place centrale dans les plaidoiries. Dans ces courriers, l’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy relate un épisode survenu en juillet 2007 : l’ancien président lui aurait demandé d’examiner la situation judiciaire du terroriste condamné Abdallah Senoussi, dont le régime libyen réclamait la grâce. « Claude, voyez cela », lui aurait-il ordonné. Pour les avocats des parties civiles, cet échange constitue une preuve du pacte de corruption noué entre l’entourage de Sarkozy et le régime de Kadhafi.
« L’odeur du sang des victimes de l’attentat »
Premier à prendre la parole au nom des parties civiles, Me Olivier Descamps, qui représente Maryvonne Raveneau, veuve de Georges Raveneau, commandant de bord du DC-10 d’UTA, véritable figure de l’attentat qui a fait 170 morts, dont 54 français, le 19 septembre 1989. Un attentat sanglant, qui n’a fait aucun survivant, commandité par le terroriste Abdallah Senoussi, condamné à perpétuité et avec qui l’entourage de Nicolas Sarkozy aurait conclu le financement de sa campagne présidentielle de 2007.
À la barre, Me Olivier Descamps s’en est pris frontalement à la stratégie de défense de Nicolas Sarkozy, l’accusant de s’être servi d’argent « qui a l’odeur du sang des victimes de l’attentat » pour financer sa campagne présidentielle et n’hésite pas à parler, comme en première instance, d’une « défense de voyou » au sujet de la stratégie de l’ancien président dans ce procès en appel. Également avocat du fils de Maryvonne et Georges Raveneau, Christophe Raveneau, âgé de 12 ans au moment de la mort de son père, Me Olivier Descamps a évoqué la douleur et le « préjudice moral incommensurable » de celui qui, âgé de seulement 12 ans, a dû faire face à un cercueil presque vide à l’enterrement de son père.




