Absent du procès, Claude Guéant a quand même trouvé le moyen de se faire entendre. Chargé par Nicolas Sarkozy à l’audience, l’ancien secrétaire général de l’Élysée a fait parvenir à la cour deux attestations qui ont relancé le procès libyen et compromettent l’ex-chef d’État. Deux bombes à retardement que Nicolas Sarkozy a tenté de désamorcer à la barre ce mercredi 29 avril.
Le président de la cour d’appel commence la lecture des attestations de Claude Guéant, Nicolas Sarkozy lève les yeux au ciel. Comparaissant devant la cour d’appel de Paris depuis près d’un mois et demi dans le cadre du procès sur le financement présumé illégal de sa campagne présidentielle de 2007, l’ancien président a dû faire face aux questions de la cour, mais aussi aux confidences dérangeantes d’un autre prévenu, son ancien plus proche conseiller, Claude Guéant. Absent de l’audience pour des raisons de santé et allégrement critiqué par Nicolas Sarkozy, l’ex-secrétaire général de l’Élysée a choisi de contre-attaquer en apportant ses vérités à l’audience.
Dans des lettres datées du 11 et du 26 avril, adressées à la cour par son avocat Me Bouchez El Ghozi, Claude Guéant a affirmé qu’il n’était pas, contrairement à ce qu’a déclaré l’ancien président, l’instigateur des liaisons dangereuses entretenues entre le camp Sarkozy et le régime libyen en amont de l’élection présidentielle de 2007. L’ancien bras droit affirme au contraire n’avoir fait que suivre les instructions de Nicolas Sarkozy, et a relaté un échange compromettant survenu en juillet 2007 : ce dernier l’aurait « fait appeler » pour que Kadhafi répète devant lui sa « préoccupation » concernant la situation judiciaire de son beau-frère, le terroriste condamné Abdallah Senoussi, dont le dirigeant libyen voulait la grâce. « Claude, voyez cela », aurait alors ordonné l’ex-chef d’État à son conseiller, dans l’attestation envoyée à la cour. Une confidence particulièrement gênante pour la défense de l’ancien président, et un moment constitutif du « pacte de corruption » conclu entre l’entourage de Sarkozy et Tripoli pour l’accusation.
« Je ne dis pas que M. Guéant ment »
Pour Nicolas Sarkozy, c’était l’heure du droit de réponse. Mis en grande difficulté par la correspondance de Claude Guéant avec la cour d’appel de Paris, l’ancien président a subi une nouvelle journée d’interrogatoire pour tenter de redonner davantage de légitimité à sa ligne de défense, qui s’effritait peu à peu après le double coup de massue porté par son ancien bras droit. Face au président de la cour Olivier Géron, il a martelé que rien n’avait été fait pour gracier Abdallah Senoussi, comme l’aurait demandé le régime de Kadhafi. « Je confirme d’abord ce qu’affirme M. Guéant : jamais ni lui ni moi n’avons jamais rien fait pour Senoussi, jamais ni lui ni moi n’avons jamais donné au sentiment aux Libyens que nous allons faire quelque chose pour Senoussi », a déclaré Nicolas Sarkozy au début de son interrogatoire devant la cour, en prenant soin de ne pas accabler Claude Guéant, comme pour éviter qu’il ne livre une troisième attestation à la cour. « Je ne dis pas qu’il ment, je dis que sa mémoire a évolué », a ajouté l’ancien président à propos du contenu explosif des attestations de Claude Guéant, une contorsion verbale pour adoucir ses accusations passées.
Relancé une nouvelle fois sur les attestations et ce qu’elles révèlent des tractations autour de la situation judiciaire d’Abdallah Senoussi, l’ancien président s’emporte : « Je ne voulais que rien soit fait. Rien n’a été fait, donc rendre compte de quoi !? Quel est le suivi puisque rien n’a été fait !? C’est à se taper la tête contre les murs », s’est agacé Nicolas Sarkozy en fin de matinée. Une corde sensible à nouveau effleurée par Me Vincent Brengarth, avocat de l’association Sherpa, qui a de nouveau questionné l’ancien chef d’État sur les attestations de Claude Guéant et fait perdre à l’ancien président son sang-froid : « Vous êtes sûr de n’avoir pas pris de substances hallucinatoires maître ? » a lancé Sarkozy à l’avocat des parties civiles, avant d’être repris par le président de la cour d’appel.




