Au dernier jour du procès en appel pour financement présumé libyen de la campagne présidentielle de 2007, quatre avocats se sont succédé à la barre pour plaider la relaxe de Nicolas Sarkozy. Le verdict est attendu le 30 novembre à 14h.
Après 54 jours d’audiences, le procès touche à sa fin. Les avocats de Nicolas Sarkozy ont eu toute la journée pour défendre l’ancien président, personnalité centrale du dossier et cible principale de l’accusation. Accusé d’être au cœur d’un « pacte de corruption » conclu avec le régime libyen pour financer illégalement sa campagne présidentielle, l’ancien chef de l’État risque une nouvelle incarcération. Dans ses réquisitions, le parquet général a requis à son encontre sept ans de prison ferme, 300 000 € d’amende et cinq ans d’inéligibilité, le désignant comme celui au sommet d’une « association de malfaisants, pour ne pas dire de malfaiteurs ».
La tâche des avocats de Nicolas Sarkozy n’a pas été simplifiée par la plaidoirie de la veille. Me Philippe Bouchez El Ghozi, conseil de Claude Guéant, avait tenu à répondre coup pour coup à l’ancien président, qui avait chargé son client à la barre au cours de son interrogatoire. Dans une charge assassine, l’avocat de l’ancien plus proche collaborateur de Sarkozy avait dénoncé le « cynisme » et la « cruauté » d’un ancien président dont la stratégie, selon lui, consistait à se dédouaner en chargeant les autres. Des accusations restées dans le prétoire, et dont les conseils de Nicolas Sarkozy ont dû se défendre ce mercredi.
« Un roman grotesque » selon la défense de Nicolas Sarkozy
Jambes croisées, jetant des regards à sa gauche, Nicolas Sarkozy a écouté sagement les plaidoiries de ses avocats dans une salle d’audience étouffante. Premier à plaider, Me Christophe Ingrain a dénoncé treize ans d’enquête acharnée qui, selon lui, n’ont pas permis de réunir des preuves suffisantes pour condamner son client : « Cela fait treize ans qu’on cherche, qu’on fouille, qu’on perquisitionne en France, en Suisse, en Libye, au Liban, qu’on place en garde à vue, qu’on essaie de donner de la consistance aux folles accusations d’un financement libyen de la campagne de 2007, qu’on cherche à impliquer Nicolas Sarkozy dans ce roman grotesque », a-t-il martelé.
Dans son développement, Me Ingrain s’est attaché à démonter le chef d’association de malfaiteurs, qu’il a qualifié d’« infraction d’aubaine », retenu contre son client en appel. Il a insisté sur le fait que Nicolas Sarkozy entretenait, au moment des faits présumés, des relations professionnelles et personnelles tout à fait conformes à son statut politique avec les autres prévenus du dossier, notamment Claude Guéant et Brice Hortefeux. Une proximité qui, selon lui, ne saurait suffire à constituer une association de malfaiteurs : « Par la magie du mot « cercle », tout le monde se retrouve dans la même association de malfaiteurs : c’est un habillage. Ces cercles, cette rhétorique, transforment des relations humaines en indices de complicité » C’est pourtant précisément cette « communauté d’intérêts » que l’accusation avait mise en cause dans ses réquisitions, des liens d’abord professionnels et politiques, qui auraient ensuite été dévoyés par l’accord supposé avec le régime de Kadhafi.
Les conseils de l’ancien président sont également revenus sur les lettres de Claude Guéant adressées à la cour, qui désignent Nicolas Sarkozy comme l’instigateur du « pacte de corruption », et notamment sur la fameuse formule que Sarkozy lui aurait adressée « Claude, voyez cela », interprétée par l’accusation comme la contrepartie promise à Kadhafi au sujet de la situation judiciaire du terroriste Abdallah Senoussi, condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité. Une formule qui a plané sur l’ensemble du procès en appel. Pour la défense, ces mots signifiaient simplement que Nicolas Sarkozy avait « laissé » Claude Guéant négocier avec les Libyens, sans que cela constitue un ordre émanant de l’ex-chef de l’État. Une explication de texte peu convaincante, que les juges apprécieront le 30 novembre.





[…] et le complot, elle doit finir dans la vérité et la transparence », a lancé Nicolas Sarkozy lors des derniers instants de l’audience. Visiblement ému devant le président de la cour Olivier Géron, l’ancien président a pris […]