Procès libyen : sept ans de prison requis contre Sarkozy, le parquet général sans concession

Le parquet général a requis sept ans de prison, 300 000 € d’amende ainsi qu’une peine de cinq ans d’inéligibilité à l’encontre de Nicolas Sarkozy. La cour d’appel doit rendre son arrêt le 30 novembre.

Procès libyen : sept ans de prison requis contre Sarkozy, le parquet général sans concession

Nicolas Sarkozy en 2012. F.LOOCK

Après trois jours de réquisitions intenses, le parquet général a requis les peines pour l’ensemble des dix prévenus du procès pour financement présumé libyen de la campagne présidentielle de 2007. Dans leur longue prise de parole, les trois avocats généraux, Damien Brunet, Rodolphe Juy-Birmann et Sophie Meynard ont décortiqué les infractions reprochées à chacun des dix prévenus et mis en lumière leur responsabilité respective dans les faits présumés.

Sans ambiguïté, le parquet général a désigné Nicolas Sarkozy comme « le principal, l’unique bénéficiaire » du pacte de corruption et celui au sommet d’une « association de malfaisants, pour ne pas dire de malfaiteurs », avant de requérir à son encontre sept ans de prison, 300 000 € d’amende ainsi qu’une peine de cinq ans d’inéligibilité. Une peine identique à celle requise contre l’ancien président en première instance.

« C’est le mensonge que vous condamnerez »

« La République est un grand acte de confiance », a commencé l’avocat général Rodolphe Juy-Birmann, en citant Jean Jaurès. En ouverture de son réquisitoire, le représentant du parquet général a justifié les peines qu’il s’apprêtait à requérir à l’encontre des dix prévenus au nom de la « restauration de l’ordre social », que cette affaire a profondément endommagé. À l’estrade, le magistrat a mis en cause les prévenus, notamment ceux dépositaires de l’autorité publique au moment des faits présumés, qui ont, selon l’accusation, manqué à leur devoir de probité dans cette affaire politico-financière. « Sans exemplarité, la confiance s’érode », a poursuivi Rodolphe Juy-Birmann, en demandant à la cour de « réprimer de manière symbolique ». « C’est le mensonge que vous condamnerez », a-t-il lancé, en s’adressant à la cour.

Tour à tour, l’avocat général est revenu sur chacun des dix prévenus du procès : les « intervenants qui n’étaient pas désintéressés » Alexandre Djouhri et Ziad Takieddine, qui ont intégré les cercles les plus centraux du pouvoir, Brice Hortefeux, accusé d’avoir « pactisé avec un terroriste » en se compromettant avec Abdallah Senoussi, ou encore Claude Guéant, qui en dépit de ses confidences ayant éclairé les débats sur le rôle des prévenus dans l’affaire libyenne, n’a jamais fait d’aveux. Personnalité majeure du dossier libyen, le parquet général a demandé à l’encontre de l’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy une peine de six ans de prison et 100 000 € d’amende, ainsi que la confiscation de son appartement parisien, acquis, selon l’accusation, avec des fonds détournés.

Avant d’officialiser la peine requise contre Nicolas Sarkozy, prévenu central du procès, Rodolphe Juy-Birmann a rappelé le principe de l’égalité devant la loi, qui s’applique à tous, même à un ancien président de la République, avant d’identifier sans détour l’ex-chef d’État comme « l’unique bénéficiaire » de la structure qui aurait été mise en place autour de lui pour financer illégalement sa campagne électorale. Le magistrat a alors accusé Nicolas Sarkozy d’avoir été celui qui a « scellé un pacte de corruption avec un dictateur », avant de requérir à son encontre sept ans de prison, 300 000 € d’amende et une peine de cinq ans d’inéligibilité. Rodolphe Juy-Birmann a notamment justifié cette peine par le comportement de Nicolas Sarkozy au moment des faits présumés, qui se serait engagé auprès de Kadhafi à s’immiscer dans les affaires de la justice pour faire évoluer la situation juridique d’Abdallah Senoussi, comme le souhaitait le régime de Tripoli en contrepartie du pacte de financement de campagne. Les avocats de Nicolas Sarkozy et ceux des neuf autres prévenus ont deux semaines de plaidoiries pour tenter d’emporter la conviction des juges face au réquisitoire du parquet général.

Un commentaire

  1. […] Après 54 jours d’audiences, le procès touche à sa fin. Les avocats de Nicolas Sarkozy ont eu toute la journée pour défendre l’ancien président, personnalité centrale du dossier et cible principale de l’accusation. Accusé d’être au cœur d’un « pacte de corruption » conclu avec le régime libyen pour financer illégalement sa campagne présidentielle, l’ancien chef de l’État risque une nouvelle incarcération. Dans ses réquisitions, le parquet général a requis à son encontre sept ans de prison ferme, 300 000 € d’amende et cinq ans d’inéligibilité, le désignant comme celui au sommet d’une « association de malfaisants, pour ne pas dire de malfaiteurs ». […]

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