Au dernier jour du procès en appel pour financement présumé libyen de la campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy a tenu à prendre la parole à l’issue des plaidoiries de ses avocats. À la barre, l’ancien président a revendiqué une dernière fois son innocence et a assuré ne pas avoir trahi la confiance des Français en se compromettant avec le régime de Kadhafi. La décision sera rendue le 30 novembre.
« Cette affaire de prétendu financement libyen de ma campagne a commencé dans le mensonge et le complot, elle doit finir dans la vérité et la transparence », a lancé Nicolas Sarkozy lors des derniers instants de l’audience. Visiblement ému devant le président de la cour Olivier Géron, l’ancien président a pris la parole pendant quinze minutes à l’issue des plaidoiries de ses quatre avocats, pour clôturer plus de deux mois de procès et redonner une dimension humaine à un dossier d’une grande technicité. « Quand je me suis retrouvé à la Santé, ce n’est pas le président qui a dû expliquer à sa fille en larmes, à ses enfants. Ces vingt jours ont été une nouvelle épreuve, ça a été difficile : écouter sans rien dire, subir sans répondre. Entendre des choses folles, ce n’est tellement pas ce que je suis », a-t-il poursuivi, la voix tremblante, revenant sur ses vingt jours d’incarcération à la prison de la Santé et sur ce long procès en appel au terme duquel il risque à nouveau la prison.
Le 13 mai dernier, le parquet général avait requis sept ans de prison ferme, 300 000 € d’amende et cinq ans d’inéligibilité à son encontre, désignant sans détour l’ancien chef de l’État comme « le principal, l’unique bénéficiaire » du pacte de corruption noué avec le régime de Kadhafi, et celui au sommet d’une « association de malfaisants, pour ne pas dire de malfaiteurs ».
« Est-ce que je vais y retourner ? »
Devant la cour, Nicolas Sarkozy s’est défendu d’avoir vicié le fonctionnement démocratique et a une nouvelle fois assuré n’avoir jamais conclu d’accord avec Tripoli. « J’ai été élu par les Français, je ne permettrai à quiconque de dire que cette élection a été biaisée », a-t-il vigoureusement affirmé, lui qui joue sa postérité dans ce procès. « Les gens me demandent comment je tiens. Je tiens car je suis innocent, je tiens à mon pays, et je ne peux pas croire qu’en 2026 un homme soit condamné à sept ans de prison pour des faits qu’il n’a pas commis et contre lequel il n’y a aucune preuve », a martelé l’ancien président, compromis dans un dossier pourtant particulièrement riche et accablant.
Conscient de l’épée de Damoclès qui pèse sur lui, Nicolas Sarkozy a évoqué sans détour sa crainte de retourner derrière les barreaux : « Alors ce sont les derniers mots. C’est émouvant pour moi, car maintenant je vais attendre, pas comme un ancien président de la République qui va se réveiller tous les jours et y penser tous les soirs : « Est-ce que je vais y retourner ? » » Des mots qui peinent à masquer l’inquiétude d’un homme au cœur de l’un des plus grands scandales politiques de l’histoire de la Ve République.




