Ce lundi 30 mars s’ouvrait le procès de la loge Athanor, une loge maçonnique de Puteaux, accusée d’avoir commandité une série de crimes et d’actes d’intimidation, dont un meurtre et plusieurs tentatives d’assassinat. 22 accusés sont poursuivis jusqu’au 17 juillet par la cour d’assises de Paris.
C’est dans la salle 2.01 du tribunal judiciaire de Paris que la loge maçonnique Athanor a tenu sa dernière réunion. Un lieu inhabituel pour une confrérie qui préférait jusqu’ici se retrouver dans l’ombre. Dans la salle d’audience, 22 personnes, dont quatre membres de la DGSE, trois policiers, six chefs d’entreprise, âgées de 30 à 73 ans, comparaissent pour pas moins de 112 chefs d’accusation, 26 crimes et 86 délits, dont « meurtre en bande organisée », « violence aggravée », « tentative d’extorsion » et « tentative de meurtre en bande organisée ».
« Armée française »
C’est le 24 juillet 2020 que tout commence pour la justice. À Créteil, une Clio noire est stationnée devant le domicile de Marie-Hélène Dini, 60 ans au moment des faits, à la tête d’un syndicat interprofessionnel des métiers du coaching. À bord du véhicule, un passant aperçoit deux jeunes hommes cagoulés et décide d’appeler la police, qui intercepte les deux protagonistes. Le conducteur de la Clio s’appelle Carl Esnault, il a 25 ans, et porte un couteau à cran d’arrêt siglé « armée française » dans la poche de son pantalon. L’autre passager, Pierre Bourdin, a 28 ans et a à ses pieds un sac rouge contenant un pistolet Browning GP 35 muni de 12 cartouches. C’est le début d’une vaste enquête.
Interrogés par la police, les deux hommes déclarent faire partie du service action de la DGSE et être en mission « homo », pour homicide, visant à assassiner Marie-Hélène Dini, qui serait selon eux un agent du Mossad. Mais Carl Esnault et Pierre Bourdin ne sont en réalité que deux simples gardiens de la base militaire de la DGSE à Saran-Cercottes, dans le Loiret, et ont reçu leur mission d’un certain Sébastien Leroy, un intermédiaire agissant lui-même pour le compte de Daniel Beaulieu, un ancien agent reconnu de la DCRI, devenue DGSI.
Une loge maçonnique devenue officine du crime
Interpellé par la police, c’est Daniel Beaulieu qui va poser la première pierre de ce qui deviendra par la suite l’affaire de la loge Athanor, cette loge maçonnique de Puteaux, à l’origine d’un dangereux mélange entre franc-maçonnerie, business et renseignements généraux. Entré dans la loge pour réseauter et obtenir des contrats pour ses sociétés d’intelligence économique, l’ancien de la DGSI rencontre Frédéric Vaglio, un ex-journaliste du Dauphiné Libéré, à la tête de la loge maçonnique. Homme à forte personnalité, le « vénérable » est accusé d’avoir réparti les « contrats » au sein de la loge, pour des actes allant de l’intimidation au meurtre. Frédéric Vaglio aurait reçu un contrat d’élimination visant Marie-Hélène Dini de la part d’un autre membre de la loge Athanor, Jean-Luc Bagur, patron dans le domaine du coaching et concurrent de Marie-Hélène Dini. C’est Daniel Beaulieu qui aurait ensuite été chargé de la réalisation de l’opération.
Responsable de cette confrérie dévoyée, Frédéric Vaglio n’en est pas à son coup d’essai avec la tentative d’assassinat présumée de Marie-Hélène Dini à l’été 2020. Près de deux ans plus tôt,« le vénérable » aurait également été l’intermédiaire d’un autre assassinat, qui lui a abouti. Alain et Nancy Mareek, poursuivis pour complicité par instigation de meurtre en bande organisée, lui auraient confié le soin de récupérer 100 000 euros dus par Laurent Pasquali, célèbre pilote automobile vivant largement au-dessus de ses moyens. Une mission qui, dans des circonstances encore sombres, aurait abouti à l’assassinat de Pasquali le 29 novembre 2018. Son corps ne sera découvert que onze mois plus tard, abandonné dans une forêt de Haute-Loire.




